Samedi 24 mai 2008

 

                     Voici maintenant 3 ans  que  je n'ai vraiment plus accès à toi. Cette photo date de 2004. Déjà tu commençais à refuser les photos. J'ai tellement de souvenirs, photos et vidéos de mes enfants avec leur papa, d'avant le divorce. Tu me manques mon fils. Tu as très bientôt 15 ans, et déjà nous ne nous connaissons plus. Si ta maman avait voulu ne serait ce que vous manipuler un peu moins, nous serions toujours complices dans les rigolades et dans les joies de tous les jours. Je serai toujours présent pour t'accompagner et t'aider dans la construction de ta vie. Cela reviendra, je le sais, ou plus exactement je le sens.
 


Tous les jours tu me manques.
Je t'aime mon fils.

 

 

 

par Victor POLTEV communauté : Les papas blogueurs...
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Vendredi 7 mars 2008

Bonjours à tous,

Il est difficile d'être privé de ses enfants. Je le sais car cela est encore le cas aujourd'hui. Bientôt 5 ans...

Je suis retombé sur un petit texte écrit il y a un peu plus de trois ans. Je pense que les deux derniers paragraphes sont les plus importants. Courage à tous ceux qui en ont besoin. Un papa sera toujours un papounet. 

               *****                                  *****

Les cris de joie font place aux silences sans voix,
Les sourires coquins disparaissent au lointain,
Et les colères capricieuses sont devenues rêveuses. 
Il y a longtemps que l’on pense à ces instants
A ces moments qui tels un métronome lent,
Marquaient les battements de leurs vies d’enfants.
 
La monotonie a doucement pris vie,
Puis la tristesse est devenue une maîtresse
Avant qu’un soubresaut ne fasse défaut.
 
Personne ne voit cette vie monotone,
Rien ne permet de penser qu’il est prêt
A envisager de tout abandonner.
 
Et pourtant il lutte, se montre prêt, se fixe des buts.
Il est riant, se laisse aller à tous les amusements,
Trouvant même amitiés, et amour effréné.
 
Il hésite, il prépare, il envisage, il se part,
De la force nécessaire, pour fuir cette terre,
Qui lui pèse tant, car il n’a plus ses enfants.
 
Au bord du vide, il avance livide
Il est apeuré, mais se sent déterminé.
Et dans un geste de folie, se dit c’est fini.
 
Mais voilà, capricieuse est la faucheuse,
N’est vraiment pas Dieu qui le veut.
Il comprend alors que ce n’est pas l’instant.
 
Tes enfants ont besoin de toi mon grand !
Comment abandonner à l’écoute de ce qui est annoncé ?
Alors l’espoir revient et fait son devoir.
 
Vos cris de joie me laissent sans voix,
Je les ressens à nouveau, pas dans le présent,
Mais dans le futur, ce futur qui sera beau j’en suis sur.
 
Je suis là pour vous, et j’ai besoin de vous
Personne ne me fera abandonner, ne m’empêchera de vous aimer.
Aujourd’hui comme hier, ainsi que demain, je suis votre papa.


Victor.
par Victor POLTEV communauté : Les papas blogueurs...
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Lundi 28 janvier 2008

AVANT PROPOS


Dans chacun de nous, n’est parfait que ce que nous réalisons pour ce que nous sommes.

Dans chacun de nous, est imparfait tout ce que nous réalisons pour rendre l’image parfaite.

 

Je regrette juste d’avoir trop souvent été imparfait.

 

 

 

 

A vous deux mes enfants  qui

Par votre naissance et votre présence

Etes  le sens de la vie.

Vous êtes le témoignage de

L’Amour qui a existé.

Sans celui ci vous ne seriez pas là.

Je vous ai aimé, je vous aime,

Je vous aimerai toujours.

 

A toi Françoise, ma grande sœur.

Merci pour ce que tu es.

Merci de tout.

Je t’aime.

 

Merci Papillon.

 

 

 

 

Les lignes qui suivent, me sont nécessaires pour me souvenir, pour reconstruire le cheminement qui m’a permis d’accepter d‘en arriver à subir, à me soumettre à une volonté qui n’était pas toujours la mienne.

 

Il ne s’agit nullement de l’accuser, de la mettre en faute. Il faut tout simplement que je puisse essayer de faire comprendre à ceux qui liront ce récit, que la victime n’est pas forcément là où on le pense. L’habit ne fait pas le moine, les apparences sont souvent trompeuses.

 

Elle n’est pas seule responsable de ce qui est arrivé. J’ai aussi ma part de fautes : avoir laissé faire, ne pas réagir à bon escient, ne pas me rendre compte, repousser les limites de l’acceptable. Dans un couple, comme dans la vie, rien n’est tout blanc ou tout noir. Chacun ayant ses différences, la réussite ne peut tenir que dans l’acceptation de celles ci, et le respect de la personnalité de l’autre.

 

J’ai écrit cette partie de ma vie en pensant à ceux qui m’ont jugé, m’ont condamné sur l’écoute sélective qu’ils ont bien voulu avoir. Pour eux mes arguments, mes récits, ne pouvaient pas être vrais.

Qu’il s’agisse des premiers gendarmes rencontrés, de ma marraine, de mon oncle, de ma tante, ou de tous ceux qui ont agis ainsi, je leurs souhaite de n’avoir jamais à affronter ce que j’ai enduré. Votre complicité (passive ?) est je crois la pire des épreuves.

 

J’ai été victime et pas un seul instant vous n’y avez cru. Pire que cela vous avez parfois osé rire de mes dires. Connaissez-vous d’autres victimes de maltraitances physiques et psychologiques ? J’espère sincèrement que vous n’en côtoierez plus jamais. Elles n’auront pas toutes la même chance que moi.

 

J’ai écrit aussi en pensant à tous ceux qui m’ont soutenu, qui ont été sensibles à mon vécu, qui m’ont encouragé à ne pas baisser les bras, ceci pour mes enfants. J’ai eu la chance de rencontrer des gens qui ne m’alimentaient pas de désir de revanche, qui gardaient un certain recul, qui me rappelaient que rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir. Je leur en suis gré.

 

Il y a un an, j’étais incapable de raconter ma vie, j’en avais honte. Il y a huit mois, je ne pouvais le faire qu’en pleurant, j’avais toujours honte. Aujourd’hui je peux me raconter avec sérénité et sans haine. Il me faut aussi passer à autre chose, tourner la page. Ces lignes trouvent ainsi leur justification.

par Victor POLTEV
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Lundi 28 janvier 2008

I

 

 

Avril 2004 : j’efface tout et je recommence ! J’efface toutes ces premières lignes, ces quelques pages que j’ai écrites. J’avais commencé à noter, à faire ce livre, en octobre, persuadé que cela pouvait me délivrer de cette mauvaise histoire, de ce rêve, de ce cauchemar qui m’a habité durant de nombreuses années. Une thérapie en quelque sorte ; tout raconter, tout dire rapidement, vomir ces moments de souffrance, tel un anorexique qui ne supporte pas ce qui semble l’empoisonner. Recracher tout ce qui emplit mon cœur de mal-être, faire sortir ces souvenirs qui deviennent des angoisses, qui me serrent la gorge, qui me paralysent, qui coupent mes élans, à chaque fois que je les reprends en plein visage. Faire disparaître toute trace de ce qui m’a affaibli, de ce qui m’a dépossédé de ma personnalité, de ce qui m’a rendu docile, soumis, esclave de volontés qui ne sont pas miennes. Effacer près de quarante années, ou plus exactement effacer tous les symboles qui ont rendu ces années si destructrices.

 

Il est facile de prendre une éponge, de l’humidifier, de la passer délicatement sur le tableau noir. Tout s’efface, enfin presque. Tout dépend de la patience, de la méticulosité de celui qui tient l’éponge. Le geste doit être sur ; il faut poser l’éponge bien à plat, effectuer un mouvement régulier du haut vers le bas, un mouvement bien droit, sur, et délicat. Ensuite il faut recommencer, en décalant sa main de quelques centimètres vers la droite, ou la gauche, selon que l’on est droitier ou gaucher. Il faut aussi être vigilant à rincer l’éponge après deux ou trois passages. Le rinçage ne suffit pas, car l’éponge doit être humide, mais pas trop mouillée. C’est la seule façon d’éviter les traces de gouttes qui courent sur toute la hauteur du tableau. Ainsi l’on obtient une surface noire totalement propre, sans marque, sans passé, qui ne demande qu’à recevoir à nouveau les assauts d’une craie toute neuve. Qui ne se souvient pas de ces séances de nettoyage, effectuées à tour de rôle par des élèves assidus à supprimer le passé simple du jour, pour laisser la place au futur qui sera conjugué dès le lendemain.

La règle est simple, cependant si elle n’est pas respectée, il reste des traces. La surface n’est pas d’un noir uniforme, et les marques blanchâtres démontrent la hâte avec laquelle ce simple travail a été bâclé, précipité. Il ne reste qu’un résultat médiocre, qui sans vouloir faire preuve de perfectionnisme, ne permettra peut être pas d’envisager l’étude du futur avec autant de sérénité et de plaisir, qu’une surface impeccable l’aurait permis.

 

C’est ainsi que je décide de procéder pour effacer mon passé pas si simple. Mon futur doit être plus que parfait, alors il ne doit rester aucune trace. La surface doit être impeccable, condition sine qua non pour que ma renaissance soit une réussite.

 

Et voici que je trouve mon écrit, faible, triste, sans relief. Ce premier essai ne me ressemble pas. Il manque de vie, de sourires, de joie, de tout ce qui fait que je me bats au quotidien pour assumer mon choix de révolte, mon choix du non d’un jour qui a été le démarrage d’un renouveau, d’une véritable renaissance. Dans ces premières lignes, je n’arrivais même pas à prononcer son nom,  à dire Brigitte. Il fallait que je note Elle, comme pour me protéger encore de tout ce qu’elle m’a fait. J’ai réfléchi, je ne peux pas me raconter sans la raconter, sans raconter avant notre rencontre, sans raconter après notre séparation. Je ne peux pas avancer sans regarder mes craintes et mon persécuteur dans les yeux. Pour être mieux compris, pour mieux me libérer, pour mieux vivre, je prends mon éponge, je l’humidifie, et paisiblement, avec détermination, je m’applique à passer sur toutes ces lignes qui ne me satisfont pas.

 

J’ai divorcé trois fois dans ma vie. Mon premier divorce est celui d’avec mon travail. Le second d’avec mes parents, le troisième d’avec Brigitte. Trois divorces en deux ans d’intervalle. Trois épreuves surmontées, trois fois l’éponge.

 

Mais pourquoi avoir eu besoin de couper, de supprimer, de se libérer de ces trois entités. Tout simplement parce qu’elles sont liées. Je ne m’étais pas rendu compte de tout cela, et ces trois séparations se sont fait l’une après l’autre, dans un enchaînement presque parfait. Pas de répit entre chaque séparation, pas le temps de souffler, pas le temps de se dire « ça y est c’est fini ». L’épreuve est d’endurance, ce qui est éprouvant, l’épreuve est intense, ce qui rend difficile la prise de recul, l’analyse et la confiance en soi. Mais tout ceci est possible. Cependant je ne peux rendre grâce d’une prochaine réussite, d’un prochain futur exempt de toute blessure qui ne soit cicatrisée, sans penser à ceux qui m’ont aidé, qui ont fait parti de mes buts, de mes rêves à venir.

Dieu, tout d’abord Dieu, que j’ai rencontré il y a peu de temps, juste avant de pouvoir dire non. Dieu qui m’a donné le courage de poursuivre de comprendre que je ne suis pas le portrait que l’on a bien voulu dresser de moi. Dieu qui m’a donné amour, et qui m’a enseigné à ne pas haïr, à pardonner, ou à défaut lui demander de pardonner pour moi. Dieu qui me porte, qui me supporte, et qui m’aide à rebondir à chaque fois que je sens le fond proche. Dieu que certains appelle le hasard, d’autres la providence ou la chance. Dieu parce que je crois en lui, et que le recul me permet d’être certain que tous les évènements passés ne sont pas intervenus par chance, ou par hasard, mais parce que Dieu me veut du bien. Dieu veut mon bonheur, ce qui est bon pour moi, et mon bonheur est proche, à porté de main.

Ensuite Françoise, ma sœur, qui au fil du temps est devenue ma p’tite sœur (bien qu’elle soit mon aînée de six ans). Cette sœur que je ne connaissais pas, qui ne me connaissait pas. Nous étions des étrangers, nous n’avions pas de sentiments communs, pas d’échange. Et voici qu’en l’espace de quelques mois, nous arrivons à nous dire que nous nous aimons, que nous sommes importants l’un pour l’autre, que nous avons besoin l’un de l’autre. Voici que nous comprenons que nous avons un passé commun, un avenir lié, une vie fraternelle à partager. Françoise est toujours là elle aussi avec moi, dès que j’en ai besoin, dès que je ne suis pas bien. Elle m’apporte son soutien, me demande le mien, et me comprend. Je la comprends. Tels deux adolescents nous nous racontons nos joies, nos chagrins, nos amis, nos amours. Et tels deux amis nous nous protégeons, nous nous épaulons, nous avançons dans la vie, avec pour certitude de toujours trouver le réconfort qu’un frère et une sœur peuvent s’apporter. Du statut d’étranger, nous sommes passés à celui d’ami, confident, soutient, guérisseur, de frère et sœur.

Mes deux enfants, Arthur et Nicolas, ont été, sont et resteront LA raison pour laquelle je ne dois pas fléchir. L’un et l’autre ont été mes plus grands bonheurs. Papa aimant, papa cajolant je n’ai jamais cessé de leur dire : « je t’aime ». Pas une journée à leurs cotés sans prononcer ces deux mots : « je t’aime ». Ils sont présents, ils ont besoin de moi, besoin de protection, besoin de construction, besoin d’avenir. Mon rôle est là, je dois rester fort pour leur avenir, je dois me battre pour qu’ils puissent avancer, se fortifier, et bâtir leur avenir, leur vie d’homme. Comment faire comprendre qu’un papa peut être paternel tout en étant maternel ! Je les aime, ils sont de moi, une partie d’eux est moi, je veux ce qui est bon pour eux. Je veux être fier de ce que je fais pour eux. Non pas fier pour moi, mais fier pour eux, pouvoir lorsqu’ils seront adultes, les regarder droit dans les yeux, et justifier avec sincérité et sérénité les choix que j’ai faits, ces choix qui ont eu une incidence sur leur vie. Je veux qu’ils puissent comprendre, non pas spécialement mes souffrances, mais les raisons pour lesquelles un jour j’ai dit non, ce non qui actuellement leur fait vivre un calvaire, qui bouleverse leurs vies de petits garçons, qui les blesse par l’incertitude de la situation, par les commentaires qu’ils reçoivent  en plein visage, par l’incertitude que cela donne à leur avenir. Sachez le mes enfants chéris, je vous aime, je vous ai toujours aimé, je vous aimerai toujours. Je veux vous aimer pour ce que vous êtes, pour vous, et non pas pour moi.

Et il y a toi, Karine, toi que j’ai rencontrée, toi qui comprends mes souffrances (tu les as vécues), toi qui m’aimes comme je suis, toi qui m’aimes pour ce que je suis, toi qui m’écris : « Je t’aime signifie que je t’accepte tel que tu es et que je ne souhaite pas te changer. Cela signifie penser à toi, rêver de toi, constamment te vouloir, avoir besoin de toi et espérer que tu ressens la même chose que moi… je t’aime signifie … à jamais ». Oui Karine, il y a toi, que j’aime éperdument pour ce que tu es, toi qui as la beauté du cœur, de l’esprit, toi qui me respectes, toi qui me donne confiance, toi qui un jour sera ma compagne de la vie, toi à qui j’ai promis soixante dix ans de bonheur. Il y a nous, nous deux, notre avenir.

 

Et enfin, Elle, Brigitte, qui malgré toute attente m’aide. Ta haine, me nourrit, elle nourrit ma force de réussite. Brigitte chaque coup de buttoir, chaque attaque, chaque traîtrise, chaque blessure infligée, chaque coup de pic, me rendent plus fort, plus déterminé, plus mordant pour ce combat de libération de toi, pour me protéger de toi. Oh bien sur, chacune de tes actions dévastatrices me blesse, inflige une nouvelle plaie qu’il faut cicatriser, me fait courber un instant le dos, me rabaisse, m’attriste, me plonge dans le désespoir. Mais à chaque fois je me relève, plus déterminé que jamais, plus fort, plus certain de la délivrance. J’en deviens même serein, comme aujourd’hui, où je suis sur que tout l’amour que j’ai pour ceux qui m’entourent, tout cet amour que j’ai pour Arthur et Nicolas, sera plus fort que le mal que tu as juré de me faire.

 

Je ne peux m’empêcher de comparer mes quarante premières années de vie, aux cours de français que je recevais en secondaire. Une bonne rédaction comporte quatre parties : introduction, thèse, antithèse et conclusion. Mes parents ont été l’introduction, Brigitte et mon travail en tant que directeur d’agence la thèse, l’année 2003 l’antithèse. La conclusion est maintenant. Je la vis, je la construis, elle durera encore quelques temps. Et une fois le point final posé, je serai en mesure de regarder autour de moi, de savourer cette renaissance et ce futur prometteur en amours, joies, libertés et respects pour les autres et moi-même.

par Victor POLTEV
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Lundi 28 janvier 2008

II

 

 

Mes parents ont eu trois enfants. Françoise l’aînée, Christophe le second et Victor le cadet. Toutes les rumeurs ont pu courir sur leurs motivations à fonder une famille, sur les avortements supposés, sur leurs fidélités réciproques. Je ne suis pas en mesure de discerner le vrai du faux. Je suis juste en mesure de donner mon sentiment d’adulte par rapport à l’attitude et au comportement de mon père et ma mère.

Petit garçon j’étais turbulent, parfois même à la limite du supportable. C’est le souvenir que j’en ai. Etait ce de ma faute, était ce dans ma nature, ou était ce le résultat d’un amour parental trop absent. En effet je n’ai aucun souvenir de ma mère qui me dise : « je t’aime ». En revanche je me souviens bien des chaussures à semelles de bois qu’elle me lançait en plein visage lorsqu’elle ne se contrôlait plus, et que j’avais  désobéi. Je me rappelle parfaitement bien cette nuit où dormant profondément, elle m’avait réveillé. Elle pris ma guitare et se mit à gratter les cordes avec violence, comme si elle devait en obtenir la destruction. Elle me parlait bizarrement : « dis tu me prêtes ta guitare, tu me la prêtes ? ». A moitié endormi je lui avais répondu de me laisser tranquille, et étais retombé dans un sommeil profond dès que cette femme fut sortie de ma chambre. Je devais avoir environ 13 ans. Ce souvenir m’a quitté durant de très nombreuses années, et  a refait surface il y a à peine cinq ans.

La seconde fois qu’il m’est arrivé de voir ma mère perdre le sens de la réalité, fut en présence de mes enfants, il y a quelques années. Les enfants s’en, souviennent. Après un désaccord entre mon père et moi sur un sujet banal dont je ne me souviens pas, elle se mit à sauter sur elle-même, tentant d‘écraser une bouteille en  plastique. Elle criait : « c’est marrant une Nanny qui pète les plombs ». Arthur et Nicolas ne savaient pas bien s’il fallait en rire ou en pleurer. Cela les a marqués, moi aussi.

Mon père m’a dit une fois « je t’aime ». Oui une fois, le jour où il me licenciait de l’entreprise familiale que j’avais intégrée près de trois ans auparavant.

Donc est ce à cause de ce manque d’amour, ou me faut-il chercher ailleurs l’origine de cette étiquette qui m’a collé à la peau durant de si nombreuses années ? Car je pense ne pas avoir été celui qui était décris, le petit diable, le turbulent, l’insolent, le bon à rien que l’on disait. Tout d’abord, à cette époque mon frère et ma sœur trouvaient un certain confort à se débarrasser d’un petit frère encombrant, en prétextant qu’il ne faisait que des bêtises en l’absence des parents. Trop difficile à surveiller. Qui n’a pas eu un petit frère, ou une petite sœur dont la présence est insupportable, handicapante pour les loisirs et la liberté nécessaire à un bon épanouissement. Ceci n’est pas tout, ne justifie pas tout, n’explique pas tout. Je pense que nos parents n’avaient pas à cœur de s’occuper de l’avenir de leurs enfants. Nos parents sont très probablement égoïstes, l’un et l’autre. Leur bien être suffit à leur bonheur. Les enfants ne sont importants que pour  ce qu’ils peuvent représenter. La réussite de l’un ou de l’autre, ne vaut que pour ce qu’elle apporte dans l’image que l’on peut véhiculer. On n’aime ses enfants non pas pour ce qu’ils sont, on aime ce qu’ils peuvent représenter. C’est ainsi qu’en grandissant, une fois adultes, chacun de nous trois donnaient une image que nos parents pouvaient s’approprier. Françoise devenue pharmacien représente alors la réussite financière, mais attise par la même les jalousies des géniteurs. Elle est ce qu’ils n’ont pu atteindre, n’ont pu réussir. Ils ont eu les yeux gros comme un ventre, et la certitude paternelle concernant sa supériorité face aux autres, à eu vite fait de les fourvoyer et de les mener à une semi-faillite totale. Christophe est lui synonyme de débrouillardise. Après quelques années d’armée, une période d’errance, il est remis en selle tardivement par des parents trop contents de se positionner en sauveur du fils perdu. Il s’en sort plutôt bien, et est prêt à toute félonie et manipulation pour conserver la tête hors de l’eau. Je ne lui en veux pas. Il avait la moins bonne place. Celle du milieu. Et enfin le petit dernier, moi, celui qui ressemble à son père, celui qui a le même mauvais caractère que son père. A force d’admirer les coups de gueule de son paternel, il imite presque à la perfection ce dernier. Un mimétisme qui lui permet d’avancer professionnellement. Après l’épisode de l’entreprise familiale, je deviens attaché commercial dans un groupe bancaire, puis sous directeur, et enfin directeur. Je me souviens de ma délectation, de ma jubilation lorsque je pouvais présenter ma carte de visite à mon père. Je représentais une réussite aussi.

Cependant au milieu de toutes ces réussites, il me faut souligner que nos parents ont une responsabilité égale à presque zéro dans celles ci. En effet, les trois enfants que nous étions ont tous quitté le domicile familial très tôt. A 18 ans pour Françoise, après avoir retrouvé toutes ses affaires déposées sur le trottoir par notre père, à 16 ans pour Christophe, après avoir été poussé par notre père à s’engager dans l’armée, et à 17 ans pour moi, après que nos parents aient décidé de déménager à Poitiers, me laissant seul à Nancy.

Ceci ne m’empêchait pas d’admirer ce père, de trouver sublime ses coups de gueule lorsqu’il s’adressait à son personnel. Les gens tremblaient à son approche. Ils craignaient sa certitude, sa prestance. Il se présentait toujours à son avantage, et surtout avait toujours raison. Il n’avait jamais tord. C’était impossible, il en avait décidé ainsi. Il faisait peur, au mieux il intimidait.  Lorsque je fautais et que la correction était inévitable, le cérémonial était toujours identique. Ma mère informait mon père lorsqu’il rentrait de son travail. Ensuite il montait au premier étage de la maison, m’appelait. Je sortais des toilettes, où j’avais pris soin de bien me vider la vessie, sachant ce qui m’attendait. Patiemment, il s’approchait, et avec méthode ne manquait de me donner une correction qui avait pour seul effet de me faire mouiller mon pantalon malgré les précautions prises auparavant.

Et je l’ai admiré pendant longtemps ! Je voulais tant lui ressembler, faire comme lui, impressionner comme lui, que ma certitude soit à la hauteur de la sienne. Il avait un grand principe. Les autres sont des cons, et il me disait : « Tu peux dire à quelqu’un que c’est un con, si tu es le plus fort, si l’on ne peut rien te reprocher dans ton travail ». Il l’avait déjà fait, et se délectait de ce genre de récit. J’étais fier de penser qu’un jour je pourrai lui ressembler. Il m’y encourageait implicitement. Voilà aussi le pourquoi de cette étiquette « sale caractère ».

 

A genoux, les mains jointes levées vers elle, je pleurais, je suppliais. Tout mon corps suppliait. Les spasmes dus aux sanglots faisaient bouger chacun de mes membres. Je tremblais, je ne voyais plus rien, l’espace se dérobait, je me sentais perdu. Brigitte venait de m’annoncer que notre relation devait cesser. Pourquoi ? Je ne le sais plus. Le monde s’effondrait, je ne sentais plus rien de l’espace alentour. Je rentrais dans un tunnel dont la noirceur épaississait de seconde en seconde. Et brusquement, comme rassasiée de cette démonstration de faiblesse, elle me demanda de ne plus pleurer, m’enlaça et promit de ne pas me quitter. Nous n’étions pas encore mariés, et sans le savoir je venais d’accepter quinze années de soumission, de lente progression vers un abandon total à sa volonté. Sans le vouloir, je devenais son complice, j’accordais une légitimité à son esprit manipulateur. Les règles de notre vie commune, de notre amour venaient d’être écrites. Notre destin était soudainement tracé. Notre couple serait composé d’un dominant, et d’un dominé.

 

Notre première rencontre a eu lieu dans l’univers professionnel, dans cette entreprise familiale que mon père venait de créer quelques mois auparavant. « Rejoins-moi, viens travailler avec moi, tu seras aussi le patron ». Il n’en fallait pas plus pour me convaincre, pour me permettre de penser qu’aux cotés de ce modèle paternel, j’allais réussir à devenir un maître dans l’art d’être sur de soi, de ne pas se tromper, d’être supérieur aux cons qui vous entourent. J’acceptais l’offre, et me voici propulsé « responsable communication », titre pompeux, qui ne voulait rien dire dans une entreprise de cette importance. Il y eut une année avant que je ne songe à approcher Brigitte, à tenter de la séduire. Elle occupait un poste d’aide comptable, et je mesurais parfaitement les conséquences d’un refus de mes avances, ou celles d’une séparation en cas d’échec de notre relation. Je fus donc extrêmement prudent sur la méthode à adopter pour m’engager dans cette voix. Je la trouvais mignonne, vive et souriante. Elle avait un charme et une disponibilité qui me laissait le temps de m’essayer à diverses approches. De son coté elle me taquinait aisément. Les piques étaient fréquents, mais non blessants. Elle se laissait doucement approcher, et ne montrait pas d’hostilité ostentatoire. J’aimais à me faire appeler Monsieur POLTEV. Cela me donnait une réelle impression de hiérarchie, de supériorité. Je me rends maintenant compte du ridicule d’une telle démarche. Mais à cette époque j’avais la certitude que cela me rapprochait du modèle auquel je voulais tant ressembler. Brigitte m’avoua rapidement par la suite, qu’elle prenait un malin plaisir à ne pas m’appeler. Avant que nous ne nous fréquentions, lorsqu’elle avait besoin de s’adresser à moi, elle le faisait en disant : « hé vous ! ». Par pur plaisir elle ne mentionnait ni mon nom, ni mon prénom, ni une quelconque civilité. « Hé vous ! ». De mon coté je l’appelais Mademoiselle, souvent suivi de son nom de jeune fille. Elle poussait le plaisir de l’interpellation, même et peut être surtout lorsque la distance l’obligeait à crier pour se faire entendre : « Hé vous ! ». Je pense que son besoin de me dominer, était déjà présent dans ces deux mots : hé vous. Je n’avais pas remarqué que cette façon de m’interpeller était un fait exprès. Cela m’agaçait certes, mais ne m’empêchait pas de la trouver attirante, et de vouloir la courtiser.

 

La liaison fut d’abord cachée, car je ne souhaitais pas afficher mon amour, sans être sur de notre avenir. J’avais conscience, qu’un échec de notre relation aurait des conséquences sur sa vie professionnelle. Je ne le voulais pas. Nous fûmes donc prudents, et discrets. Je sus par la suite que ses parents n’appréciaient pas notre relation. Je les avais rencontrés pour la première fois lors d’un été, lorsque j’avais rejoins Brigitte sur son lieu de vacances au Portugal. Un monde différent, rien de désagréable, mais un monde différent. Ma future belle-mère semblait attentionnée à mon égard, mon futur beau-père avait l’air d’un brave gars, un peu sauvage. Le jeune frère de Brigitte était sympathique, et je sentais qu’une bonne complicité pouvait s’établir entre nous. Le frère aîné et son épouse, vivaient de leur coté. Rien d’exceptionnel en quelque sorte, rien que du banal.

Un soir, Brigitte passa me voir à mon appartement (elle vivait encore chez ses parents). Elle venait d’être flanquée à la porte du domicile familial. Motif : avoir osé rentrer le dimanche matin à six heures, après notre sortie de la veille. Elle avait de la peine, se sentait perdue, et avait besoin de moi. C’est ainsi qu’avec un grand bonheur je l’accueillais dans cet appartement qui devenait le sien. Les liens avec sa famille, hormis son petit frère, en furent pour un temps fragilisés. Cela n’empêchait pas mes sentiments à son égard, et les projets de vie et d’avenir commun que je pouvais caresser.

Courant février de l’année 1989, le début d’un grand bonheur se présenta. Brigitte m’annonce être enceinte. La décision fut rapide. Marions nous et accueillons cet enfant, notre enfant. Notre relation éclatait enfin au grand jour, l’effervescence pouvait gagner nos familles respectives, et dès le 22 avril de cette même année, nous étions unis pour le meilleur et pour le pire, selon la formule consacrée.

 

La naissance d’Arthur a été le premier plus grand moment de ma vie. L’accouchement avait été très pénible pour Brigitte. Un moment de grande souffrance, suivi d’une joie mêlée à beaucoup de fatigue. Je ne garde aucun souvenir d’elle au cours des moments qui ont suivi la naissance d’Arthur. En revanche, mon esprit est à jamais marqué par : ce bébé qui me regardait, et qui instantanément était devenu ce qui je chérissais le plus au monde, et ma joie immense de réaliser que j’étais devenu papa. Immédiatement j’étais devenu un autre, l’avenir n’avait plus le même sens, il devenait infini, grandiose, merveilleux, sans aucune mesure avec tout ce que j’avais pu vivre jusqu’à ce jour. Les parents de Brigitte n’étaient pas venus accueillir le nouveau-né à la maternité. Malgré l’appel lancé par l’intermédiaire de mon beau-frère de Brigitte, ils n’étaient pas là, pour soutenir leur fille, pour partager la joie de cette naissance, l’arrivée de leur premier petit enfant. Le mariage passé, le temps des comptes était venu. Il avait été convenu, que chaque famille prenait à sa charge, la côte part du coût de ses propres invités. Lors du choix de sa robe, son père lui avait dit : « Choisis la plus belle c’est moi qui te l’offre ! ». Par commodité Brigitte avait émis le chèque de règlement. Le remboursement interviendrait plus tard. Malgré plusieurs insinuations de notre part, ses parents ne proposaient toujours pas d’effectuer le règlement tant attendu. J’entrepris donc, après accord de ma jeune épouse, d’aborder le sujet avec mon beau-père. Il ne me regarda pas, tête baissée, fixant le sol, marmonna qu’il ne donnerait pas plus de vingt milles francs. La règle acceptée par tous auparavant n’était plus respectée. Il manquait cinq milles francs pour atteindre le juste montant. Rien que la robe « offerte » valait plus de dix milles francs. Il ne leva jamais la tête, comme honteux, mais déterminé, il ne dérogeait pas du montant annoncé. Pour moi cela était clair. Pas question d’accepter l’aumône, pas question de négocier le coût des heures  festives de ce mariage réussi, et qui avait charmé tous les invités. Madame ma belle-mère ne disait rien ; était elle complice, subissait-elle ? A cet instant précis je ne le savais pas. Nous partîmes refusant la transaction, fâchés, vexés, blessés. Cela faisait donc presque six mois que nous avions rompu tout contact avec les parents de Brigitte, et le jour de la naissance de leur petit-fils, ils restaient sourds à l’appel de leur gendre ; ce gendre qui leur demandait de venir soutenir leur fille dans la douleur, et venir accueillir le premier enfant de la nouvelle génération. J’avais espéré, persuadé que l’amour est plus fort. Ils ne sont pas venus.

Je du insister auprès de Brigitte pour qu’elle reprenne contact avec sa mère. Je pensais qu’il était important que des grands-parents connaissent leur petit-fils, et inversement. Elle finit par appeler sa  mère, dans la journée, sans que son père puisse le savoir. Elle alla lui présenter Arthur, un après midi de novembre ou de décembre, chez une dame pour laquelle sa mère travaillait. De notre coté tout se passait bien, heureux dans notre couple, heureux avec notre enfant. Brigitte allait rendre visite à ses parents, sans moi, et j’étais content d’avoir favorisé ces retrouvailles. Petit à petit, le temps aidant, j’acceptais d’accompagner mon épouse dans la maison de sa famille. Je venais de signer implicitement un nouvel aveu de faiblesse.

 

Avant notre mariage, je sortais relativement souvent, j’avais des copains, des amis. Je m’amusais. Une partie de ces amis sont devenus ceux de notre couple. Des connaissances de Brigitte, aucune n’a partagé notre vie, ou tout simplement nos loisirs.

Enfant je passais beaucoup de temps avec mes camarades ; Christophe, Diouf, Patrick, Laurence, un autre Patrick plus tard, et tant d’autres dont les visages me restent familiers. Adolescent, j’ai connu l’effervescence des longs partages avec la bande : Fred, Arnaud, Eric, Steph, Stéphanie, Christelle, les deux Jacques. Parallèlement il y eut Véro, Hélène, Patrice, Hugues ainsi que Hervé, perdu de vue, mais pour qui je reste prêt à tout instant, sur un simple appel, à lui témoigner ma reconnaissance. Le jour de notre séparation, le 5 octobre 2003, je ne comptais plus un seul ami, plus un copain. Un cercle relationnel réduit à néant, un réseau d’amis inexistant, en quinze ans, elle avait réussi la prouesse de me couper de tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une connaissance. Je l’avais accepté, j’avais été complice de sa manipulation. Et pourtant, durant ces années de mariage, j’avais bien le plus naturellement du monde, tissé des liens de sympathie et d’amitiés. Parmi les principaux, le premier Philippe, était un garçon sympa, mal dans sa peau, mais avec qui je m’entendais bien. Collègue de travail, il arrivait que la journée de travail se termine par une invitation à passer chez lui. Cela n’a pu se renouveler très longtemps. Brigitte me rappelait à l’ordre, téléphonait chez lui, voulait savoir où j’étais, me disait de rentrer. Nous avons bien tenté une relation amicale de couple. Mais les critiques sont devenues trop vives, trop fréquentes. Il me fallut choisir. Le choix me fut imposé. Je l’ai accepté.

Le second, François, lui aussi collègue de travail, m’avait confié les violences conjugales qu’il subissait. Fin 2002, le jour de ses fiançailles il me demanda d’être son témoin pour son mariage. J’acceptais avec une joie véritable, sentant que ce copain deviendrait un ami, un vrai. Brigitte a œuvré, manipulé, notre couple étant déjà en pleine tourmente. Elle fut invitée au mariage, moi pas.

Pour le troisième, la tactique fut très simple. Il s’agissait de notre voisin. Un ami en devenir. Un soir de mai, Brigitte, accompagnée de Nicolas, sonna, et annonça tout simplement : « Je sors, alors s’il vous plaît, n’incitez pas Victor à boire. Déjà que vous avez descendu une bouteille de whisky, ça suffit ». Nicolas s’était caché derrière une voiture, ne voulait pas être vu. La voisine a tenté le dialogue, sans résultat. Le voisin est arrivé après que Brigitte eue disparue dans son véhicule. Nos liens n’étaient pas suffisamment forts. Son épouse étant infirmière dans la clinique où Brigitte avait séjournée après sa tentative de suicide, son beau-frère s’étant suicidé quelques semaines auparavant, il ne pouvait envisager des complications supplémentaires dans sa vie. Il me demanda de cesser notre relation.

 

Le premier à me tendre la main en cette fin d’année 2003, fut Christophe. Nous avions travaillé un temps ensemble un peu plus d’un an auparavant. De plus de dix ans mon cadet, je l’avais considéré à cette époque, comme un jeune qui aurait pu être mon petit frère. Je l’aimais bien, mais ne trouvais aucun intérêt à échanger plus que le strict minimum avec lui. Je l’avais même jugé de façon très négative sur ses façons de travailler. Je l’aimais bien mais j’avais un mauvais jugement sur lui. Le hasard ( ?) fit qu’il emménagea dans le même lotissement que nous. Je le croisais de temps en temps, échangeais quelques civilités avec lui : « Ca va ? Et le boulot ? A une prochaine !». Coupé du monde je me rapprochais un peu de lui et de sa fiancée Emilie. Quelques pas suffisaient pour lui rendre visite et tenter de trouver une oreille attentive, et compréhensive. C’était toujours le cas. Une oreille qui comprenait ce que je ressentais, et surtout une oreille qui gardait le recul nécessaire pour ne pas prendre parti, pour ne pas alimenter la rancœur qui aurait pu monter en moi. C’est lui qui me secoura le 27 octobre.

 

Le 7 octobre, un mardi, je savais qu’il allait se passer  quelque chose d’important. Brigitte avait quitté le domicile deux jours auparavant, après un léger accident de la route. L’accident avait trois conséquences : la première de la tôle un peu froissée, la seconde de choquer Nicolas qui se trouvait dans la voiture, et la troisième de donner à Brigitte l’occasion de déposer une nouvelle plainte contre moi. Plainte pour harcèlement moral. Elle justifia son accident par les insultes et la pression que je lui faisais soit disant subir. Cette plainte, associée à une autre et au certificat médical de son psychiatre, lui permis d’obtenir en 48 heures une ordonnance l’autorisant à quitter le domicile avec les enfants. J’étais déjà devenu le bourreau qu’elle souhaitait présenter aux yeux de tous. Le juge pensait donc indispensable, dans l’attente d’une prochaine audience, de prendre des mesures de précautions à son égard. J’avais senti cela arriver, de part les chuchotements que les enfants avaient échangés par téléphone avec leur maman. La veille au soir, à la question d’Arthur : « Qu’est ce qui va pas ? » J’avais répondu : « Je sais que vous allez partir ». J’avais pleuré. La réaction d’Arthur fut un peu brutale, mais il avait besoin de se protéger de tous ces évènements :  « Bon écoute, je reviens quand tu te seras calmé ! ». Comme l’on dit à un enfant, dont on attend que son caprice passe. Nicolas m’avoua : « Je ne sais plus qui croire ». Je pris le parti de tenter de savourer au mieux les instants suivants, profitant de la présence de mes deux enfants chéris.

Le lendemain vers 16 heures, lorsque je rentrais à la maison, je trouvais une copie de cette fameuse ordonnance. Brigitte était passée, avait pris quelques affaires, avait emporté le linge des enfants que j’avais repassé la veille. Ce linge que je m’étais appliqué à préparer, comme pour un départ en colonie de vacances. Ce linge dont les enfants auraient besoin, et que je n’avais pas pris le soin de ranger dans les commodes, sachant qu’il n’y resterait pas. Je ne me souviens plus très bien de la suite. Je revois juste la commerciale de l’agence immobilière, Françoise T. qui vient me faire signer le mandat de vente, à qui je suis incapable de répondre autre chose que mes enfants sont partis. Cette femme qui s’est déplacée, qui dans un premier temps me montre sa colère d’être venue pour rien si je n’appose ma signature sur le mandat, cette femme qui a devant elle un adulte de 39 ans qui pleure comme un enfant qui aurait été perdu par ses parents.

 

Une vingtaine de jours passent, aucune nouvelle des enfants, et le portable d’Arthur qui reste muet à mes appels.

 

Vingt sept octobre, je sors de chez l’avocat, abasourdi, le monde à nouveau s‘écroule. L’audience prévue le lundi suivant ne sera absolument pas la fin du cauchemar. J’en attendais un jugement, que je puisse voir mes enfants, que soient examinées les pièces que j’allais présenter, que me soit rendue justice. Non ! Il ne s’agit que d’une ordonnance de non-conciliation. L’avocat m’a pourtant demandé de rester quelques instants encore, le temps d’encaisser, le temps d’aller mieux. Je suis parti, tentant de masquer mon désarroi, de cacher mes larmes, bredouillant des excuses, rassemblant maladroitement mes papiers. Je pars, il me faut beaucoup de temps pour rejoindre ma voiture, je ne vois rien des alentours, je rentre, je m’enferme dans la maison. Je baisse tous les stores, et je commence  à me préparer. Décibels, alcool, je m’enivre. Je bouleverse tous mes sens, ou du moins ceux qui peuvent encore l’être. Je reste sourd aux appels téléphoniques, aux coups donnés sur la porte d’entrée. Pris d’un manque d’air, j’ouvre un des stores qui donnent sur la terrasse. Je sors verre et cigarette à la main. Deux gendarmes sont dans le jardin : « Votre sœur s’inquiète pour vous, elle est là au téléphone, elle veut vous parler ». Je fais demi-tour en répondant :  « dites-lui que tout va bien ». Le store se referme, je retombe dans ma nuit. J’appris par la suite, que l’avocat comprenant ma détresse avait prévenu ma sœur, qui avait joint la voisine (d’où les coups sur la porte). Elle avait fini par appeler les gendarmes, qui ne pouvait rien faire puisque je ne troublais personne, mis à part moi.

Ce soir là, je devais manger avec Christophe et Emilie. D’autres coups sur la porte, pas de réponse de ma part. Je reçus un message écrit sur mon portable : « Si tu as besoin de quoique ce soit, appelle ». Pourquoi ais je répondu ? Je ne sais pas. Toujours est-il que j’ai répondu sans réfléchir presque immédiatement : « Ai besoin ». Deux mots seulement. Trente secondes plus tard, il était là, s’occupait de moi, détachait la corde que j’avais préparée, contactait ma sœur pour la rassurer. Il me réconfortait, m’écoutait, m’assurait de son soutien, me pris en main. L’orage, la tempête, l’ouragan, pouvaient commencer à s’éloigner. Je n’étais plus seul. Je retrouvais mes esprits et savais à nouveau que si je devais me battre, ce n’était pas seulement pour moi, mais aussi pour mes enfants. Ils ne devaient pas vivre ce que j’avais vécu aux cotés de Brigitte, ils ne devaient pas pouvoir se construire selon un tel modèle.

Christophe m’avait secouru, je lui dois les jours qui suivent ce 27 octobre. J’ai tenté de le remercier. Je lui ai écrit quelques jours plus tard :

 

Le papillon, qui dit oui

Le papillon, qui dit non

Lui qui peut changer

Le destin du lointain.

 

Le papillon qui de son aile

D’un simple battement

Peut déclencher un ouragan

La où personne ne l’attend.

 

Et si le papillon est bon,

Si le papillon peut inverser,

Si il peut transformer,

L’ouragan en apaisement.

 

Le papillon, qui dit oui

Le papillon, qui dit non

Lui qui peut changer

Le destin de son prochain.

 

Le papillon qui de ses ailes,

Va persévérer pour aider,

A modifier ce qu’aucun

N’aurait soupçonné.

 

Le papillon qui dit oui

Le papillon qui dit non

Lui qui va changer

Le destin de son voisin.

 

Le papillon a toujours dit oui,

Il  se défend d’être vital,

Mais celui qui lui dit merci

Sait qu’il est en est ainsi..

 

Le papillon a toujours dit oui,

Il a toujours été présent,

Quant le moment,

Etait vraiment important.

 

Aujourd’hui encore, il se défend farouchement d’avoir joué un rôle si important. Il est mon premier ami de cette renaissance, de ce renouveau, de ce que je suis réellement depuis de nombreuses années. Merci Christophe.

par Victor POLTEV
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Lundi 28 janvier 2008

III

 

 

De nouveaux amis arrivent, je le sens. Ce matin du premier janvier 2004, je décidais de nettoyer en grand l’appartement. Poussière, dans les coins et les recoins, aspirateur, serpillière, chiffon, produits. Tout devait être propre. Je devais absolument commencer cette nouvelle année en balayant complètement la poussière de la précédente. Ce symbole devenait ma première préoccupation. Je sentais que 2004 serait une année différente. Je ne me trompais pas. Je venais d’entamer la conclusion de ma rédaction. Ce sentiment était fort, je le vivais, j’en avais conscience mais ne pouvais l’expliquer. Ma vie changea dès le lendemain. Ma vie sociale, prenait un autre cheminement. Je savais qu’il me fallait rencontrer du monde pour me sortir de cet isolement dans lequel Brigitte avait réussi à me plonger. J’entrepris tout simplement internet. Pas très simple comme démarche, difficile d’être sur du résultat. Mais comment faire autrement ? Aller boire un café dans un lieu public, sortir en discothèque, ou tout simplement fréquenter les bars de nuit ? Parfait pour draguer peut être, mais pas pour se reconstituer un réseau amical, un cercle de copains. J’accompagnais bien parfois Christophe lors de leurs concerts, mais ce n’était pas suffisant, d’autant plus que la jeunesse de leur public avait tendance à me faire sentir un peu en décalage par rapport à ce que je recherchais. Donc dès le 2 janvier je faisais une première rencontre. Un flirt avec une fille sincère, honnête, qui me respectait, que je respectais. Comme tout flirt, cela ne dure pas longtemps, mais en quelques jours je redevenais un homme, un homme libre, sans culpabilité, sans crainte, délivré le temps de cette rencontre de tout le mal qui m’avait été fait. En quinze années de vie, je n’avais pas connu d’autre femme que Brigitte. C’était la première fois, et je sentais les chaînes se rompre, je les sentais glisser le long de mon corps. Sylvie est restée dans mon carnet d’adresse, j’ai encore quelques échanges épisodiques avec elle. Cela s’étiole doucement, mais chaque mail ou contact téléphonique reste un plaisir de sympathie. Elle a été la confirmation de ce sentiment ressenti le premier janvier de cette nouvelle année. Elle a été importante, très importante, et c’est pourquoi je lui adressais le courrier suivant :

 

Chouette,

Cette porte,

S’est enfin entrouverte.

Comme un beau cadeau,

Caché derrière son petit chapeau,

S’est avancé l’annonce du renouveau.

 

Jamais je n’oublierai ces instants, ces moments.

Jusqu’au plus profond de moi, j’ai redécouvert le temps

Simple et émouvant, doux et surprenant, moite mais non pesant.

Jours après jour, l’espace a pris une autre dimension, une autre position.

Je n’avais plus depuis très longtemps, pensé pouvoir vivre une telle passion,

Susurrer avec ma bouche et mon corps que j’aimais ce que nous faisions,

Juste au creux d’une oreille glisser ces quelques mots plaisants,

Jouir de tout ce qui se passe, et surtout de tous ces instants,

Savourer ce cœur, ce corps qui ont été aimants.

 

Comme je suis heureux de t’avoir rencontrée,

Comme il est bon de pouvoir te remercier,

Simplement pour ce que tu m’as donné.

Certain de ce que je veux annoncer,

Comme une déclaration d’aimer,

Sereinement sur ton amitié,

Sylvie je veux compter.

Merci Sylvie, car grâce à toi je redécouvre qu’il est bon de dévoiler sans pudeur, sans retenue ce que l’on ressent à l’instant. Ce plaisir je le retrouve, un plaisir qui ne craint pas le jugement, qui permet de jouir pleinement du passé, du présent et qui prépare l’avenir.

 

Je rencontre d’autres personnes, toujours par le biais d’internet. Je pose les jalons à chaque fois. Je ne cherche pas de rencontre amoureuse, je cherche des connaissances, des amis, et j’explique à chaque fois le pourquoi de ma démarche. La machine est en marche, je n’ai plus besoin d’Internet pour faire des connaissances. Mon téléphone portable aura bientôt la mémoire saturée de nouveaux numéros. En trois mois, j’ai rencontré plus de monde, fait plus de connaissances qu’en quinze années de mariage. Je retrouve une place dans la société. Si je suis en retard, on m’appelle : « Alors tu viens ? On t’attend ! ». Les gens me trouvent sympa, amical, respectueux, m’apprécient. Un simple regard sur quelques mois en arrière, et je me rends compte de l’énorme avancée de ma vie. J’ai raison d’y croire, de penser que le non prononcé il y a plus d’un an, est une bonne chose. Ma vie s’articule de façon différente, je retrouve de nouveaux noms dans ma tête : Christophe, Seb, Sylvia, Martine, Fab, Laetitia, Denis et la liste ne s’arrête pas là. Je sors, prends des cours de danse, fais du sport à l’occasion. La vie avance, elle a du bon. Et il y a Karine aussi. Karine !

 

La première fois que Brigitte a été vraiment violente physiquement, nous habitions à Strasbourg, 13 rue Neuve. Nous avions acheté un appartement. C’était en 92 ou 93. Ma mémoire a occulté les détails de cet instant, mais je me souviens tout de même du couteau de cuisine qu’elle brandissait, dont elle me menaçait. Je me souviens des cheveux tirés à pleine main, tirés pour être si possible arrachés. Je me souviens des chemises découpées en lambeaux. Je me souviens de son regard, ce regard empli de violence, de haine, ce regard qui cherchait comment faire mal, comment détruire. J’ai aussi bien en mémoire, les traits de ce visage, ces traits si particuliers qui à cet instant, faisaient de son visage celui d’une autre. C’était la première fois qu’elle se dévoilait ainsi, malheureusement pas la dernière.  Je fuyais, je ne rendais pas les coups, me défendant ou plus exactement me protégeant à peine. Je ne voulais pas répondre à sa violence. J’attendais qu’elle se calme, et finalement tout rentra dans l’ordre après que j’eus demandé pardon pour ce qui avait déclenché sa colère. Ces scènes de violence ont eu lieu à plusieurs reprises, puis le calme s’installa à nouveau dans notre couple. Je m’étais confié à Nathalie, ma collègue de travail. Je lui avais raconté, honteux de ce que j’avais subi. Il n’y eut pas de réaction de sa part. Je lançais un appel au secours, mais rien en retour. Il y a quelques mois, j’ai repris contact avec Nathalie. Nous ne nous étions ni vus, ni parlé depuis près de dix ans. Elle se souvenait bien de ma confession et accepta d’en faire un témoignage écrit.

Le cercle vicieux de l’acceptation de tout était en on ordre de marche. Notre couple, telle une construction de maison, avait son échafaudage. Il se bâtissait autour de ces deux personnages, qui tenaient chacun leur rôle à la perfection. Mais l’échafaudage restait en place, il devenait des barreaux enfermant l’évolution sereine d’une vie d’amour. J’aimais Brigitte, d’un amour sincère, profond, j’étais prêt à tout pour elle, prêt à la défendre contre tous, prêt à attaquer si elle me le demandait. Elle l’avait bien compris, et durant toutes ces années, arrangeant, manipulant, elle m’envoyait au front à chaque fois que cela était nécessaire. Pas assez d’argent dans le couple ? C’était de ma faute, je ne gérais rien. Assez d’argent dans le couple, c’était grâce à elle, à sa gestion efficace de notre vie. Des soucis dans mon travail ? J’avais qu’à ne pas me laisser faire, j’étais trop naïf. Des problèmes dans son travail ? Si seulement je ne l’avais pas obligée à déménager de Châlons, elle n’en serait pas là. Un commerçant indélicat ? J’allais de bon cœur transmettre le courroux de mon épouse en le reprenant à mon compte. Un  problème avec l’école ? J’étais de suite sur la brèche. Que manger lorsque nous étions chez ses parents ? Il fallait faire en fonction de moi. Des problèmes avec mes parents ? De toute façon tu ne sais pas leur tenir tête, tu les fais passer avant moi. La liste pourrait s’établir à l’infini. Et voici comment en quelques années notre couple se présentait harmonieux, solide. Victor était toujours le mauvais caractère qu’on connaissait, exigeant, mais qui avait la chance d’avoir trouvé l’épouse merveilleuse, capable d’endurer les mutations ainsi que les caprices de son mari.

 

Nous avions quitté Châlons en Champagne en mars 90. Mon père concessionnaire de la marque Peugeot, connaissait des difficultés relationnelles avec la maison mère, ou plus exactement avec les dirigeants de la marque. Son principe, basé sur la supériorité d’un POLTEV par rapport à tous les cons qui peuplent la planète, était sérieusement mis à mal. Quelques années auparavant, convoqué par sa hiérarchie (à l’époque il était directeur de filiale, donc salarié), il avait avoué tout haut qu’il pensait que les Peugeot étaient des cons. Très naturellement, avec assurance, et fierté il l’avait dit : « Oui, je pense que les Peugeot sont des cons ». Combien de fois s’est-il délecté de ce récit ? Je n’en ai pas idée, cependant cette histoire je la connais par cœur. Mais voilà, seules les montagnes ne se rencontrent jamais ! Devenu concessionnaire, ces mêmes cons, préparaient une revanche, leur revanche, celle qui mènerait le suffisant à la faillite. Cette situation associée à la rivalité qui nous opposait mon frère et moi (lui aussi travaillait dans l’entreprise), mena mon père à faire un choix. Celui des deux fils qui devait rester. Pas plus mon frère que moi n’avions de rôle d’importance. Tout passait par le paternel, ce père, ce patron, ce dirigeant. Je n’étais pas d’une grande productivité, Christophe non plus. Nous étions chacun improductifs, dans nos domaines respectifs : moi dans la communication, lui dans l’informatique. Papa fit son choix, et un midi, pleurant, m’annonça qu’il fallait que je quitte la société, enveloppa le tout de quelques arguments bien frappés, et finit par ces quelques mots : «  Je t’aime mon fils ! ». J’acceptais, je comprenais et le réconfortais pour ce choix si difficile à faire. Je ne lui en voulais pas. Et c’est ainsi que quelques semaines ou mois plus tard, nous déménagions à Belfort pour que je puisse prendre mes nouvelles fonctions comme attaché commercial chez Sofinco.

 

En aucun cas le déménagement ne fut agréable. Cette mutation géographique se faisait dans la douleur. Pour Brigitte il s’agissait d’un déracinement. Un dépaysement total, mais pas un de ces dépaysements de vacances, de voyage, ou de loisir. Elle quittait Châlons, la ville de son enfance, de son adolescence, de son émancipation, pardon, de ses premières libertés.  Pour moi, c’était le temps des premières culpabilités. Coupable d’avoir fait bouger Brigitte, coupable d’avoir obligé mon père à choisir, coupable de toutes les difficultés à venir. Coupable de toutes façons, même si les décisions passées et celles à venir, étaient prises à deux, ou tout du moins je le pensais. La douleur du déménagement s’effaça assez rapidement. Je trouvais ma place, prenais mes marques dans ce nouveau travail. Brigitte s’occupait d’Arthur dans la journée, de l’appartement où nous logions. Rapidement nous rencontrâmes un couple ( Anna et Gilles) avec qui nous devions sympathiser. La rencontre s’est faite à la piscine, lors d’une séance « bébé nageur ». Anna proposa rapidement à Brigitte du travail en tant que comptable. Ce travail était justement proposé par l’établissement « aquatique » où nous avions fait connaissance.

Durant cette période à Belfort, il y eut un moment de crainte, assez important. Etait-ce une prise de conscience de sa part, avait elle peur de quelque chose ? Toujours est-il, que Brigitte m’annonça ne pas comprendre son comportement. Elle m’avoua avoir des envies subites de violence, et avait senti une fois l’irrésistible envie de casser un bras à notre fils. Je ne sus comment prendre cet aveu. Je la rassurais, lui trouvais des circonstances atténuantes. Lors d’une conversation téléphonique, j’avais abordé ce sujet avec ma sœur. Elle me rassura aussi, sur cet aveu. Je ne me souviens plus des arguments. Ce souvenir avait quitté ma mémoire pendant près de treize ans. Il est réapparu l’automne dernier. J’en ai rediscuté avec Françoise. Elle s’en rappelle aussi.

 

Avec le recul, je sais que cet aveu était un appel. Un appel au secours ? Peut être pas ! Un appel tout simplement. Nous étions mariés depuis environ un an, et je pense que Brigitte a eu ce premier instant de lucidité (le second arrivant début 2003). Il y a quelque chose qui « cloche » en elle. Quand je dis en elle, je ne parle pas de sa nature profonde, je parle de son vécu. Je sais que son enfance n’a pas été facile. Dès l’âge de neuf ans, elle devait prendre en charge une partie de l’entretien de la maison : repas, ménage, lessive, repassage. Elle devait accompagner plus tard, sa mère pour l’aider dans l’entretien de l’école qui l’embauchait comme personnel de service. Elle ne pouvait sortir, rencontrer des amies. Toute liberté lui étant refusée, elle devait feinter pour justifier une quelconque sortie, ou retard lorsqu’elle rentrait de l’école. Sur les dernières années de notre vie commune, elle parlait assez facilement (et ceci même devant nos enfants), des coups de ceinture reçus, coups qui laissaient des marques, et qui l’obligeait à ne pas pratiquer en short, mais en pantalon les cours de sport à l’école.

Je garde en mémoire, une phrase terrible de sa part : « Je ne te dis pas tout, car un jour tu pourrais t’en servir contre moi ! ». Quel est ce terrible secret ? Secret qu’elle ne peut dévoiler, même à moi, l’homme qui l’aime ! Depuis longtemps j’ai une idée assez précise de ce que peut être cette faute, qu’elle porte en elle. Faute dont elle a tout le poids, faute qui n’est certainement pas la sienne, mais faute qui le devient, tant qu’elle ne veut se reconnaître comme victime de ce qui a pu se passer dans son enfance.

Je pense réellement, que notre vie de couple, notre relation de dominant-dominé, trouve dans ce secret une part d’explication. Récemment j’ai lu, tous les enfants maltraités ne deviennent pas forcément des adultes maltraitant. En revanche, cent pour cent des adultes maltraitant, ont été des enfants maltraités. Brigitte est une adulte maltraitant, elle l’a été avec moi, cherche encore à l’être, le devient avec nos enfants, et continuera ainsi avec eux si je ne fais rien, si je ne dis rien, si je laisse faire. La maltraitance n’est pas toujours physique. Elle peut être d’ordre psychologique. Et elle peut être bien plus destructrice si elle reste de cet ordre. Le psychologique est difficile à prouver, à mettre en évidence. Le manipulateur le sait, il en joue. Il sait se montrer victime même s’il est le bourreau, le maltraitant, celui qui joue avec les neurones de ses proies.

Pourquoi n’ais-je pas donné plus de considération à cet appel ? Pourquoi n’ais-je pas de suite encouragé Brigitte à me raconter plus, à discuter avec elle ? Pourquoi n’ais-je pas conseillé de faire appel à un spécialiste ? Pourquoi ? Ah, avec des « si » l’on pourrait mettre Paris en bouteille. Je ne sais pas pourquoi, c’est ainsi que cela s’est passé, je ne peux rien y changer. Cependant dans mon absence de réactivité suite à cet aveu, je sais que je trouve une part de responsabilité dans la vie de notre couple, telle qu’elle s’est construite. J’acceptais déjà la violence avouée de la mère de notre enfant.

 

Au cours de l’été de cette période belfortaine, Brigitte me menaça une fois de plus de me quitter. De partir. Cela s’arrangea avec mes supplications. L’orage passait à nouveau.

 

Les relations avec nos parents respectifs, ne nous satisfaisaient pas. Avec les miens, la moindre relation obligeait Brigitte à faire des efforts pour que cela se passe bien. Elle ne supportait pas de rester chez eux, mettait en avant son malaise, ne trouvait pas sa place. Je ne voulais pas le voir, pas le prendre en considération. Avais-je tord, ou avais-je raison ? Je pense maintenant que Brigitte ne pouvait se sentir à l’aise. Tout d’abord, je me tenais encore dans l’admiration de ce paternel sur le déclin, ce qui m’empêchait de voir les défauts de mes parents. De plus Brigitte avait besoin certainement de commencer son travail d’isolement à mon égard. Ce besoin de tisser un lien avec moi, un lien qui ne me permettra plus par la suite de penser autrement qu’avec son accord. Ce lien qui m’empêchera de faire toute chose sans son consentement. Ce lien qui ne m’autorisera qu’une vie par procuration. Je vivais donc constamment un tiraillement. Il me fallait ménager mon épouse et mes parents, essayer de trouver une solution intermédiaire qui permette de vivre les deux relations. Il me fallait assumer l’impossible. Cette situation a développé chez moi, une tactique comportementale qui me colle encore à la peau, et dont je commence tout doucement à me débarrasser. Il y un an environ, je passais des tests psychologiques en vue d’une embauche. Concernant le mode adaptation de ma personnalité, ces tests disent : « On retrouve là la rondeur et la pondération de son relationnel, qui ne l’empêche pas de défendre ses idées avec flamme et conviction mais à l’écart de tout dogmatisme et de toute agressivité. Ce style donne beaucoup de souplesse à son mode d’adaptation qui s’attache avant tout à bien comprendre ceux qui l’entourent afin de moduler son attitude dans le sens de ce qui s’harmonisera le mieux autour de la conciliation à laquelle il est toujours ouvert ». Voilà ici bien la complexité de la situation. Tout d’abord je veux ressembler à ce battant qu’est mon père, donc je défends mes idées avec flamme. Je dois avant tout sauver les apparences, laisser croire que je suis de cette même veine de gagneur, de cette même grandeur que celle des supérieurs.  Et ensuite, je dois me plier à la volonté de celle qui régit ma vie, de celle qui décide de tout, à la volonté de Brigitte. En d’autres mots je me bats avec panache, pour mieux succomber aux idées des autres, et acquiescer à leurs propositions. Je ne suis moi qu’à moitié. Je ne suis même pas moi. Qu’il s’agisse de panache ou de conciliation, je ne le fais pas pour moi, je le fais pour les autres. Il est difficile de changer cela. J’y travaille, je vais y arriver, j’ai déjà commencé. Il y a peu de temps, j’ai eu la joie de défendre un projet professionnel, d’avancer mes idées à moi, mes arguments à moi, et d’entendre mon interlocuteur me dire : « Oui ! Votre idée me plait ! ». Mes idées n’ont pas été imposées. Elles ont été présentées, proposées, défendues, comprises et finalement acceptées. Je crois bien que c’est la première fois en quinze ans que cela m’est arrivé.

Avec les parents de Brigitte, il y avait constamment des anicroches. J’arrivais encore à m’opposer à ce qui ne me convenait pas. Sa famille composait parfois, parfois non. Durant toutes ces années, je n’ai jamais été acteur dans cette famille. On allait chez ses parents car nous y étions à peu près bien reçus. Je pensais que cela était important pour Brigitte, pour Arthur, et j’acceptais pour le plaisir de ceux que j’aime d’aller m’enfermer dans leur maison sombre, cette maison triste qui ne plait ni à mon épouse ni à moi-même.

Combien de fois sommes nous repartis, en fin de week-end, avec la vive intention de ne plus y retourner avant longtemps. Déjà mes beaux-parents manipulaient, tel le Bossu d’Alexandre DUMAS. Touchez ma bosse Mooonseeeigneuuur. Mielleux, sans avoir l’air de. Tel le serpent du Livre de la Jungle, il fallait arriver aux buts fixés. Je comprends bien les mécanismes de leurs comportements de l’époque. Je sais maintenant pourquoi cela se passait ainsi, pourquoi je l’acceptais, pourquoi Brigitte l’acceptait. Mais accepter quoi ? pourrait-on se dire. L’été dernier, seul dans mon studio à Tours, j’écrivais ces quelques lignes :

 

Comment cela a t’il été possible ?

Comment avoir pu vivre à tes côtés,

Sans jamais te rencontrer ?

 

Comment cela a t’il été possible ?

Vivre chacun les mêmes difficultés,

Sans jamais se les raconter ?

 

Comment cela a t’il été possible ?

Avoir les mêmes parents,

Qui pour nous n’ont pas été aimants ?

 

Comment cela a t’il été possible ?

Attendre plus de 35 ans,

Pour enfin trouver cet instant,

Qui peu a peu très tentant,

Nous aurait permis pour tout le temps,

De comprendre que les enfants,

Nous étions des mêmes parents,

Et que cela devait être suffisant,

Pour nous aimer à tout jamais !

 

Oui, l’an dernier je compris qu’à l’instar de mes parents, ceux de Brigitte ne l’on jamais aimée pour elle, pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle pouvait représenter. D’un côté un homme mal aimé, qui a grandi dans l’attente d’un gage d’amour, dans la recherche de mimétisme, de l’autre une femme mal aimée, qui a grandi dans la soumission, et l’apprentissage du respect du plus fort, de la soumission au chef du clan.

C’est un sujet que nous avons abordé, il y a environ treize mois.  Sur proposition de Brigitte, j’avais accepté de participer à ce qui s’appelle une retraite de guérison. Cette retraite devait se dérouler dans une communauté du renouveau charismatique. Sur le principe, j’étais d’accord, mais pas vraiment à l’aise avec ce type de démarche. Elevé dans des écoles chrétiennes, durant de nombreuses années, j’ai eu une aversion pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’église, et à la religion. Croyant en Dieu quand cela m’arrangeait, dès l’année 2003, j’ai vécu doucement une lente montée vers la foi, ceci aux côtés et grâce à Brigitte. Très gêné par les signes ostentatoires, par les démonstrations prononcées de la croyance, j’avançais à reculons dans ces réunions d’évangélistes auxquels Brigitte me proposait de participer. J’avais du mal à le reconnaître, mais petit à petit, j’étais bel et bien gagné par le plaisir de ces rencontres avec des croyants, des moments de « rencontres » avec Dieu.

Le chemin de Toulouse à Châlons pour la retraite, fut très périlleux. Je reviendrai par la suite sur cette épopée. Nous étions environ une trentaine de participants, dormant, mangeant sur place. Le groupe de retraitants était hétéroclite : de jeunes célibataires, de jeunes couples, des moins jeunes, deux moines, des amis, un ensemble de gens venant de divers horizons. Chacun avait, selon ses propres initiatives, à participer aux taches ménagères. Nous allions partager notre vie avec ce groupe, durant ces quelques cinq jours. Le premier, débuta à 17 heures par un accueil de chacun au rythme des arrivées. Nous trouvions notre chambre, nous installions, et rapidement vint le premier repas commun. Repas morose, dans le silence propice au recueillement, suivi des consignes nécessaires à une bonne vie de groupe. Chacun essaie de se montrer sous son bon jour, chacun a un petit mot plaisant à l’égard de son voisin, tout le monde tente de faire connaissance. Je ne me sentais pas bien, mal à l’aise, avec une envie de partir. A quoi bon ces simagrées ? Je ne suis pas à ma place. Cependant la pudeur ne me laisse pas d’autre choix que celui de rester. La nuit se passe, après avoir cherché le sommeil, je m’endors. Je ne sais pas encore ce qui m’attend. Je n’ai pas vraiment envie, mais je décide de jouer le jeu. Quitte à être là, je n’ai rien à perdre. Je reste sur ma réserve mais je participe, j’échange, et fais mon possible pour que ces quelques jours me soient au mieux profitables. Le rythme est le même : petit déjeuner, enseignement dispensé par un frère de l’ordre des dominicains, repas du midi, vaisselle, temps de repos, second enseignement, goûter, temps libre, repas du soir, temps de prière ou libre au choix de chaque participant. Il s’agissait d’une retraite de guérison. Nous avions tous à guérir de quelque chose, mais de quoi ? Mystère ! Je venais pour guérir de quelque chose, mais je ne savais pas de quoi. Il nous avait été demandé pour valider notre inscription, d’écrire ce qui motivait notre candidature. Brigitte avait préparé son écrit avant moi. Elle me l’avait montré peu avant que nous les postions. Elle souhaitait trouver le réconfort de l’avenir. Elle voulait trouver la certitude que l’avenir serait bon pour elle, pour les enfants, elle souhaitait trouver une explication à tous ces dém